Published on Mademoizelle Maroc in 2016

En tant que Marocains, on est souvent coupables d’être ignorants envers les incroyables talents et accomplissement de quelques uns de nos compatriotes. Et le fait que rares sont ceux qui connaissent la caricaturiste Riham El Hour et ses accomplissements, est la preuve de cette erreur de notre part.

Récemment nommée par BBC comme l’une des 100 femmes inspirantes et influentes pour l’année 2016, et ce sur un niveau international, on a eu un petit chat avec Riham, et on a pu rattraper notre retard à connaître cette incroyable dame.

De ses origines Palestiniennes à son obtention de la nationalité Marocaine, de sa toute première caricature, à sa consécration par BBC, on en a appris pas mal sur Riham El Hour, et maintenant à vous de la découvrir.

Qui est Riham El Hour?

Riham EL HOUR, une jeune femme de 39 ans, licenciée en littérature Arabe, option linguistique. Marocaine, d’origine Palestinienne. J’ai eu la nationalité Marocaine grâce à sa majesté le roi Mohamed VI, et ce après les modifications du code de la famille.

Quand est-ce que vous avez su que vous aviez un talent pour le dessin?

Quand j’étais enfant, J’avais l’habitude de faire des portraits de mes amis, ou professeurs quand j’étais au lycée et au collège. J’ai en faite gardé en tête un souvenir particulier ; une fois, mon professeur d’éducation islamique, qui était très sérieux, m’a surprise entrain de le dessiner à même la table de classe. Il en a rit, en me disant que j’aurais dû lui dessiner le portrait sur un papier. Etonnamment, une fois que j’ai eu mon bac en poche, j’ai choisi d’étudier la littérature arabe à la faculté de Lettres de Kénitra. Mais je suis restée attachée au dessin et à l’art à travers les activités culturelles à la fac . C’est en passant un concours de l’UNESCO pour la protection du patrimoine culturelle en 2000 que j’ai fait mon entrée dans le monde de la caricature, que je ne connaissait pas vraiment, d’ailleurs. C’était une vraie révélation pour moi de participer et gagner le premier prix de ce concours.

Vous souvenez-vous de votre première caricature?

Oui, c’est un portrait de mon professeur d’éducation islamique. Après, ce fut le caricature que j’ai réalisé pour participer au concours de l’UNESCO, dont l’obtention du premier prix m’a aidé à faire mon premier pas dans le monde de la caricature.

Comment vous êtes-vous dirigée vers une carrière de caricaturiste?

Après avoir gagné le premier prix de l’UNESCO, je me suis mise à faire des recherches sur les célèbres noms des caricaturistes, dans ce domaine que je ne connaissais pas vraiment. J’ai pu rencontrer M. Larbi Sebbane, l’un des doyens de la caricature du Maroc. «Il m’a beaucoup encouragée. Grâce à lui, j’ai pu publié mes premières créations dans le journal du parti de la balance ; Al Alam, et puis dans un journal local de Kénitra (Al Mintaka). Je me suis ensuite dirigée vers la presse féminine (Citadines,  Likoli Nissae), avant d’atterrir à Rissalat Al Ouma ; journal affilié à l’Union constitutionnelle, où je travaille actuellement.

Quel sujet vous tient-il le plus à Coeur de dessiner?

Je pense que je n’ai pas un seul sujet qui me tient au cœur. Je vois le dessinateur comme étant « le fils de l’environnement  et de la société », je rallie donc les deux plumes, afin de discuter de toutes les questions de phénomènes sociaux que je vois offensant, surtout pour les valeurs de notre société islamique tolérante. Je parle également des questions à causes féminines ; telles que la violence contre les femmes, le harcèlement sexuel, le viol, l’inceste. Je ne cherche pas à insulter l’homme, mais je tiens à me lier à la cause des femmes, et sur sur les déséquilibres sociaux qu’affligent la société en général, et la moitié de celle-ci est représentée par les femmes, et je vais essayer de faire respecter leur voix dans ce domaine, ainsi que ceux de l’art, de la culture et de la pensée.

Le monde et le domaine de la caricature sont dominés par les hommes, comment vous traitent les professionnels avec qui vous collaborez? Vos collègues ou même vos concurrents?

Malgré leur nombre limité dans les pays Arabes, il y a des femmes qui ont pu prouvé leur talent dans ce domaine, comme est le cas pour la caricaturiste Palestinienne ; Omayya Jouha, que j’admire beaucoup et qui est pour moi comme digne d’émulation. En raison encore de leur rareté, il était naturel, que les hommes soient plus présents que les femmes, et ce et encore dû à notre culture, qui veut que les préoccupations des femmes dans la vie, volent leur rêve d’affirmation de soi.

Pensez-vous qu’être non seulement une femme caricaturiste, mais également issue d’un pays Arabe représentent un double obstacle, ou des bases de préjugés envers vous?

Il existe déjà des tentatives d’autonomisation des femmes dans ce domaine, et ce surtout grâce a l’encourageant de l’élément féministe. Personnellement et grâce au soutien moral de mes amies caricaturistes, j’ai pu continuer la pratique du dessin de journalisme. Il convient de noter ici, d’ailleurs, que le Forum de l’art de la caricature et des médias a lieu chaque année dans la belle ville de Chefchaouen, et se tient avec le soutien d’une femme, et l’artiste Bashir ALAMI, Président de l’association Fine Spaces.

Avez-vous un ou une caricaturiste qui vous inspire le plus? Pourquoi?

L’artiste autodidacte Omayya Jouha qui, malgré les conditions de guerre, a pu avoir une forte voix en tant que femme dans ce domaine dominé par les hommes, ainsi qu’avoir un impact pour l’affaire Palestinienne. Les artistes Naji Al-Ali, Naji Benaji, et Abdellah Derkaoui m’inspirent également par leurs dessins, et le fait qu’ils restent tous unis par l’idée que leurs plumes peuvent aides dans les questions d’environnement et de la société.

On vous décrit souvent comme féministe? L’êtes-vous?

Oui bien sure, je suis d’ailleurs la première femme caricaturiste au Maroc, et la seule femme caricaturiste qui exerce ce métier dans la presse écrite en général, et parmi l’équipe des journalistes du journal RISSALAT AL OUMMA en particulier. Je suis également la première femme caricaturiste dans la liste des 100 femmes les plus inspirantes et influentes pour l’année 2016 ; publiée par le BBC.

Comment vous êtes-vous sentie lorsque vous avez vu l’article du BBC qui vous a décrit comme l’une des 100 femmes les plus inspirantes et influentes pour l’année 2016?

C’est un honneur pour moi et pour toutes les femmes Marocaines, et un grand stimulant pour moi afin de continuer à porter la voix des femmes dans ce domaine, et d’exprimer leurs capacités et leurs compétences dans tous les domaines. Je tâcherai à faire en sorte que cet art fasse partie des médias indépendants et autonomes dans la presse écrite, et non seulement être considéré comme un petit plus au contenu des articles qu’on trouve dans les publications.

A quoi aspirez-vous pour votre avenir, surtout votre carrière?

Encore une fois je tiens à faire de la caricature un art à part entière faisant partie des médias indépendants et autonomes dans la presse écrite.Je souhaite également à introduire le caricature, qui est un art journalistique par excellence, dans le Prix de journalisme, pour que je puisse participer et remporter le Prix de la Presse, en tant que première femme caricaturiste, qui est arrivé à briser le monopole des hommes dans ce domaine.

Pensez-vous que le Maroc est prêt pour des femmes caricaturistes, à votre exemple?

Pourquoi pas ! Mais il faut faire preuve de persévérance et de tolérance pour qu’elles puissent se faire une place dans ce domaine qui est chargé d’obstacles de difficultés.D’autre part, il est nécessaire que les éditeurs à leur donner l’opportunité de prouver leurs compétences dans ce domaine.

Diriez-vous que le dessin est votre passion? Si oui, pensez-vous qu’il soit possible de vivre de sa passion au Maroc?

C’est une passion pour moi, mais il est extrêmement difficile de vivre uniquement de cette passion au Maroc.

Que pourriez-vous dire à des jeunes passionnés, soit par le dessin ou autre qui hésitent à poursuivre leurs rêves et d’en faire leurs carrières?

Ils doivent tout d’abord être sures de leurs capacités, et avoir de la détermination, et de la persévérance pour qu’ils puissent atteindre leurs fins, car c’est grâce aux difficultés qu’on arrive à apprécier la douceur du succès.

Si vous deviez faire une caricature de la femme Marocaine d’aujourd’hui, à quoi ressemblerait-elle?

Elle va être une femme Marocaine qui essaye de briser les chaines de la pauvreté, analphabétisme, marginalisation.
Quelle femme, surtout Marocaine aimeriez-vous dessiner, ou en faire une caricature?

J’ai dessiné eu le plaisir de dessiner les portraits des 100 femmes Marocaines les plus célèbres dans différents domaines : politique, sociaux, sport, art , média et ce pour ma deuxième expositions personnelle en 2013 sous le thème de : « La femme Marocaine : présence et brillance » au Théâtre Mohamed V à Rabat. Et j’aimerais bien souligner que ce fut le portrait caricaturisé de Fatima El Mernissi qui a été choisi pour être exposé à la Faculté Mohamed V, Rabat et restera à toujours l’une des mes plus belle fièretter durant ma carrière artistique.

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